Historique du bassin du Grand Séminaire de Montréal

Bassin à l'automneLe bassin du Grand Séminaire est un ouvrage exceptionnel, tant par ses dimensions que par son histoire.

C'est le troisième bassin à avoir été construit sur l'emplacement du Domaine de la Montagne.

Le premier bassin avait été construit avant les tours du Grand Séminaire, et avait probablement été creusé au moment de l'établissement de la Mission de la Montagne en 1675. Ce bassin faisait 60 pieds français sur 30 (soit 20 mètres sur 10) et s'est trouvé englobé dans l'enceinte même du fort au moment de la construction des tours. Ce bassin apparaît sur le plan de 1694.

Le deuxième bassin a dû être construit en 1685, au moment de la construction du fort. Il apparaît également sur le plan de 1694. On voit qu'il sert de vivier puisque trois canards s'y baignent. Comme la mission de la Montagne se déplace vers le Saul-au-Récollet entre 1699 et 1710, il n'est pas impossible que le deuxième bassin ait été laissé à l'abandon au début du XVIIIe siècle.

Nous pensons que le troisième bassin a pu être construit entre 1731 et 1747.

En effet, dans sa description du Domaine qu'il adresse à l'intendant Hocquart en 1731, le procureur de Saint-Sulpice, Louis Normand du Faradon ne fait aucunement mention de l'existence d'un bassin au Domaine de la Montagne, alors qu'il en décrit les constructions, les vergers, les murs, et on sait que l'élevage systématique des canards et des oies reprend en 1747.

Par ailleurs, entre le moment de la conquête britanique et la fin du XVIIIe siècle, il semble que le Domaine de la Montagne ai été quelque peu négligé. C'est en 1796, qu'un autre procureur de Saint-Sulpice, Antoine Alexis Molin, entreprend de restaurer le Domaine.

Grâce aux notes consignées par M. Molin dans le Cahier des dépenses extraordinaires, on sait qu'il fait faire dans l'enceinte du fort des travaux de déblai de l'église effondrée en 1796, qu'il fait reprendre les couvertures des tours, qu'il rénove la maison de campagne et qu'il remet le bassin en état. Il utilise le mot canal pour décrire le bassin.

Dans le feuillet de 1801 M. Molin nous confirme que le bassin existait déjà cette année-là puisqu'on le nettoie avant de le refaire.

M. Molin nous en apprend d'avantage sur le bassin et sur ses abords dans son Cahier de la Régie des Domaines (1810) dont nous citons ici un extrait :

" Dans ce parc il y a un canal qui sert à égoutter tout le terrain et le verger aussi et plus encore pour l'agrément ".

Carte 1846 Le bassin est en quelque sorte l'élément structurant de l'organisation du grand verger. La carte de John Cane (1846) nous montre le bassin avec les extrémités en hémicycles au milieu de ce verger avec ses allées périphériques ombragées. Le verger est demeuré dans cet état jusqu'à l'implantation du Grand Séminaire de Montréal au Domaine de la Montagne en 1854.

Le bassin joue alors un rôle important dans l'implantation de l'édifice du Grand Séminaire. Dans le carnet d'arpentage de John Ostell, l'architecte du Grand Séminaire, on voit comment l'aile centrale du nouveau bâtiment est implantée parallèlement à l'axe du bassin.

Des photographies prises par Hernderson au cours de l'été 1865, nous montre le bassin dans toute sa splendeur. Ces photos donnent à croire qu'à cette époque la partie supérieure du bassin était peut être faite de madriers, ce qui serait en fait cohérent avec la note de 1801 sur le coût des madriers dans le Cahier des dépenses extraordinaires de M. Molin. Sur ces photographies, on note à l'extrémité ouest du bassin la présence d'un pavillon de bois consacré à la Vierge.

La carte de 1867 nous confirme l'existence de ce pavillon qui a subsisté jusque vers 1970. On voit également sur cette carte que le grand verger a été perturbé par l'apparition d'une carrière qui a servi à fournir la pierre pour la construction du Grand Séminaire.

Avec la présence du Grand Séminaire le bassin va acquérir une vocation particulière. C'est à la fois le lieu de méditation et le lieu de promenade des séminaristes.

Au fil des ans, on constate que l'aspect extérieur du bassin se modifie. Des pierres de couronnement le ceinturent de 1900 à 1950 puis vers 1980 le bassin est entièrement recouvert de béton parce qu'on espère ainsi mieux conserver l'eau de la source qui alimente le bassin. Toutefois, l'eau de drainage des terrains qui continue de se diriger vers le bassin, se trouve emprisonnée derrière le mur de béton et a tôt fait de détériorer tant le mur de béton et les pierres qui se trouvent derrière.

À compter de 1990, les Prêtres de Saint-Sulpice conjointement avec le ministère de la Culture et des Communications ont développé le projet de remettre en état le bassin.

Fondamentalement, la restauration du bassin s'est réalisée avec la conception d'un bassin à deux étages. Le bassin de drainage dans la partie inférieure, dont l'eau se déverse dans l'égout municipal et le bassin d'agrément dans la partie supérieure qui est alimenté par un puits creusé dans le terrain au nord du bassin.

Quant à l'ancienne source qui ne coule avec abondance qu'au printemps, elle continue d'apporter sa modeste contribution à l'extrémité Est du bassin.


 Tour est du Grand Séminaire

Tour du Grand Seminaire de Montreal, Canada